Les récents incendies survenus au Camp Bumba (Lemba) et à l’église Shekinah Tabernacle (Matete) ne relèvent pas de simples faits divers. Ils constituent des signaux d’alerte majeurs révélant une absence d’un dispositif étoffé de gestion des incendies urbains à Kinshasa.



L’analyse des faits met en évidence des constantes préoccupantes : une propagation rapide des flammes favorisée par une forte densité urbaine ainsi que la nature des constructions souvent mal en point, un délai d’intervention critique dépassant la fenêtre exécutoire efficace, mais aussi et surtout l’engagement des moyens parfois non pleinement opérationnels.
Ces éléments traduisent une réalité incontestable :
le problème n’est plus uniquement la fréquence de l’incendie, mais la carrence d’un système susceptible de le maîtriser dans les premières minutes.
Kinshasa dispose pourtant de ressources significatives. Des services publics existent. Des structures privées disposent d’équipements adaptés, notamment des véhicules anti-incendie, des citernes et du matériel d’intervention. Toutefois, en l’absence d’un mécanisme formel de coordination, de commandement opérationnel et de gestion centralisée des urgences, ces ressources demeurent fragmentées, sous-utilisées et inefficaces face à l’urgence.
Or, en matière de lutte contre l’incendie, les dix premières minutes conditionnent l’issue du sinistre. Sans alerte rapide, sans chaîne de commandement claire, sans logistique immédiatement disponible, toute intervention devient tardive, désorganisée et essentiellement défensive.
Les événements récents évoqués ci-dessus démontrent que Kinshasa évolue actuellement dans un modèle réactif où l’improvisation supplante la planification et où la réponse opérationnelle reste dépendante des circonstances plutôt que d’un système maîtrisé.
Dès lors, il s’avère impératif d’opérer une transition vers un système intégré, structuré et coordonné, reposant notamment sur les axes suivants :
- Mise en place d’un Centre de Coordination des Urgences (CCU) assurant la centralisation des alertes et le déploiement en temps réel des moyens disponibles (publics et privés)
- Intégration formelle des capacités privées dans le dispositif opérationnel urbain à travers des protocoles d’intervention, des mécanismes d’alerte partagés et des exercices conjoints ;
- Contrôle rigoureux, permanent et traçable de l’opérationnalité des moyens (eau, pression, carburant, disponibilité des équipes)
- Optimisation du maillage territorial des unités d’intervention afin de garantir un délai d’engagement inférieur à dix minutes en zone urbaine ;
- Développement de brigades communautaires encadrées, formées et équipées pour les premières actions d’extinction et d’évacuation ;
- Renforcement des actions de prévention, notamment le contrôle des installations électriques, l’encadrement des zones à risque et la sensibilisation des populations
Au-delà de l’aspect technique, ces mesures relèvent d’un enjeu stratégique majeur : la protection des vies humaines, la préservation du tissu économique local et le renforcement de la crédibilité des services publics.
Chaque incendie non maîtrisé représente une perte inévitable. Chaque défaillance opérationnelle non corrigée constitue un risque récurrent pour la ville et engage une responsabilité collective.
Kinshasa ne peut plus se permettre d’assister passivement à la destruction progressive de ses infrastructures et des moyens de subsistance de sa population.
L’enjeu n’est pas d’améliorer la réaction.
L’enjeu est de bâtir un système capable d’anticiper, de coordonner et d’agir efficacement dès les premières minutes. À ce stade, il est essentiel que tous les bâtiments qui gèrent un grand nombre de personnes doivent obligatoirement disposer du matériel anti-incendie, à l’instar des sociétés ayant les inflammables dans leurs activités, en vue d’alléger le travail des équipes urbaines chargées de la maitrise des incendies.
Une note technique détaillée, intégrant des propositions opérationnelles et immédiatement applicables, sera transmise aux autorités compétentes dans les prochains jours.
De notre correspondant occasionnel, Joseph NDJOLO,
Sapeur-pompier
Expert en sécurité incendie
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