RDC: à Bunia, le gynécologue Leki Taji au chevet de ses patientes atteintes d'Ebola
Le Dr Taji est un homme pressé. Nous sommes un dimanche, mais il est attendu au centre de traitement Ebola de l’hôpital de Bunia, en RDC. « De l’autre côté, il y a la maternité, la salle d’accouchement, et en bas, nous avons un bloc opératoire », montre-t-il.
Avec plus de 4 000 morts en cinq mois, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays. Cette 17ᵉ flambée épidémique a été qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si les efforts de riposte sur le terrain laissent entrevoir les premiers signes d’espoir, les défis restent considérables. À l’hôpital général de référence de Bunia, le docteur Leki Taji, gynécologue et survivant de cette épidémie, soigne ses patientes.
Grand sourire et grande confiance, il est lui-même un survivant d'Ebola, touché au début de l'épidémie. « J’ai fait Ebola et c’est une maladie très grave parce que ça donne tellement peur, confie-t-il, c'est de la peur, de l’incertitude. Et vous vous dites : "Est-ce que vous allez vous en sortir ? Comment ?" » Le médecin est passé par toutes les phases de la maladie : « J'ai commencé par la phase sèche, poursuit-il, je faisais des fièvres jusqu’à 40°C. Et je me rappelle qu'une fois, j’avais fait de la fièvre à partir de minuit jusqu’à 13 h, la fièvre ne cédait pas, et après, je suis entré dans la phase humide, j'ai fait des diarrhées et consorts. Mais curieusement, Dieu m’a aidé… »
« J’ai tellement peur d’Ebola en voyant ce que ça fait »
Le médecin pense avoir été infecté en pratiquant, avant la déclaration de l’épidémie. Il est resté dix jours hospitalisé mais a rapidement repris le travail. « C’est une expérience », déclare-t-il, philosophe. Ebola, « C’est l’incertitude, la peur, la souffrance, répète-t-il. Sur le plan psychologique, on est affecté, et ce qui embrouille encore, c’est l’abandon. Parce que si vous voyez les gens entrer, ils vont entrer, ils ne vont pas rester là pendant longtemps. Vous restez pendant 45 minutes et vous sortez, et les malades vont rester seuls avec l’incertitude et la peur. C’est pourquoi je me suis dit qu’il fallait aussi aller aider ces malades et leur apporter un plus sur le plan obstétrical, comme il y a trop de complications obstétricales. »